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lundi, 07 mai 2007

A trop vouloir supprimer...

A trop vouloir supprimer au Kârcher la "racaille" et les chômeurs, à trop vouloir "liquider" la pensée 68, c'est le contraire qui va se passer. Un mouvement contradictoire pourrait monter et générer un chaos social irréversible en France. Ce président qui a réussi à concentrer des pseudo-catégories qu'il n'a pas arrêté de définir comme indésirables ne peut renverser toute la frustration populaire qui va devoir peut-être fatalement se retourner contre lui et sa propre vision du monde. Avec la régularité de ses thèmes martelés, il entretient et organise une révolte comme un boomerang qui, à l'inverse de 1968 où le pouvoir en place avait récupéré cette révolution symbolique après son explosion, l'a crée. Fini le temps où ce pouvoir avait transformé la révolte pour son propre compte en valeurs adaptables aux lois du marché (la liberté, la responsabilité, le jeunisme).

Ce nouveau président est bien naîf de croire que le calme et le rassemblement national va avoir lieu simplement avec le langage badin de la réconciliation. Ce n'est qu'à trop vouloir maintenant raccommoder des catégories sociales vouées désormais à se haîr et montées les unes contre les autres qu'on obtiendra tout le contraire. On ne décide plus de la forme ni de la finalité que devrait prendre la haîne collective une fois qu'on l'a excitée. Elle ne peut plus se modeler comme on modèle par les médias l'opinion.

Aussi, faudrait-il espérer un peu qu'au moins la presse, la télévision, les médias de masse et leur fables virtuelles auront permis d'accéder enfin au monde réel... Après que le monde du divertissement fût lyofilisé, "loftilisé", c'est aussi au monde politique de le devenir absolument aujourd'hui malgré la forte participation reconnue comme historique pour notre cinquième République. Mais comme le dit Baudrillard, le Loft n'est-il pas le symptôme d'une démocratie radicale? Radicale dans sa participation mais à présummer vide dans son sens et sa motivation première. Et seule une violence singulièrement réelle semblerait faire retourner cette simulation au réel aujourd'hui disparu. Il reste peut-être cet évènement le plus singulier et le plus fascinant à venir, mais cela reste bien sûr une hypothèse difficilement vérifiable.

Mais ce qui a peut-être rendu possible cette prise dans le réel de la fiction médiatique est notre expérience depuis 2001 d'un phénomène médiatique très discuté puis tombé dans les moeurs. L'expérience de la télé réalité fût fascinante. D'une fascination plus ou moins égale au "Loft", l'expérience de la télé-réalité a commencé par une vulgaire émission comerciale mélangeant le ludique et la vie ordinaire en une seule forme. Apparue juste avant le premier seïsme électoral d'avril 2002, la téléréalité devait peut-être préfigurer le sarkozisme et le royalisme en politique. Ces mouvements se seraient basés sur cette formule médiatique fabriqués selon un principe de nullité, pourrait-on risquer, à valeur relative.

En tant que système d'échange, les valeurs qui devaient normalement s'échanger de façon cohérente entre le tribain et le peuple ne peuvent désormais avoir de sens où, dans un nouveau système propagandaire l'amalgamme a aujourd'hui remplacé ce que les principaux candidats jusqu'à Chirac échangeaient en promesses non tenues. Mais la promesse aujourd'hui n'est plus l'enjeu d'une victoire électorale, et Sarkozy l'a bien compris. Il a devancé notre pensée politique en montrant avec virtuosité et toupet que l'amalgamme des valeurs pouvait permettre de faire "en rêve" pourvu qu'elles furent énnoncées en bon comité. "Jaurès = Sarkozy", Sarkozy = Le pen(= République).

Un peu comme ce que Freud du reste décrivait du rêve tenant lieu d'un "processus de condensation" pour une topique désignée "inconscient" mais aujourd'hui travaillée consciemment par les tenants du marketing prévisionnel et où les identités et les personnages rêvés sont en définitive l'inverse de ce qu'ils représentent, et sont de ce fait en quelque sorte cachés. Si la politique auparavant devait faire rêver, elle fonctionne aujourd'hui comme un rêve sans chimères ni fées. Et ce mot "rêve" revient souvent dans la bouche des sarkozystes quand on s'attarde à parler avec eux en toute sérénité.

Mais de quoi ont-ils rêvés en faisant passer dans les cerveaux que la valeur-travail est une valeur morale par exemple. J'ai pour ma part travaillé 13 années dans une petite entreprise et jamais je n'ai pensé une seconde qu'un chômeur vivait à mes crochets. Cela participait d'un processus de redistribution déclaré par une loi sociale votée après guerre. Il m'est difficile de croire que cette pensée largement répandue aujourd'hui puisse ne pas venir d'une autre lieu que l'UMP et la pensée "MEDEF". Transfusés comme comme dans un "Loft" à valeur quasiment nulle voire inversée -- la valeur paradoxale de Ségolène Royal en bourgeoise de gauche / la valeur paradoxale d'un Sarkozy déclarant fuir une traçabilité élitiste mais représentant les valeurs de droite de l'élite -- , les electeurs qui ont rejoint Sarkozy voyaient en rêve des personnalités les plus banales, les plus en non conformité avec la place autorisée, les plus ordinaires et creuses. Le langage parlé familier de Sarkozy fait état de ce jeu. C'est pour cette raison que peut-être la fascination populaire a fonctionné comme dans un "Loft Story".

Commentaires

Votre article,excusez moi de ce jugement,ne me semble qu'effleurer la surface d'une topique qui n'a rien à voir avec ce que vous décrivez..
Que les français soient enragés de justice sociale quand çà les arrange,certes..que la gauche archaïque soit toujours vivante en ce pays,oui..que certaines voix nouvelles s'élèvent un jour pour mieux parler d'humanité,certainement..Ne trouvez vous pas étonnant qu'un homme comme Kouchner se soit bien gardé de se présenter aux élections et qu'il dise que Sarkosy ait bien parlé?
Je ne vous suis guère sur votre tenatative apocalyptique..Vous apprendrez avec étonnement qu'un peuple qui mange à sa faim n'a guère de tentations révolutionnaires..

Bien à vous
et merci pour votre blog
Daniel

Écrit par : Daniel | mardi, 08 mai 2007

Hier dans un quartier chic de Paris, j'ai pu voir une femme sdf fouiller dans une poubelle, ramasser un sac en plastique de restes de pâtes, et s'en contenter. Avec Sarkozy, la faim en France va certainement s'accentuer, même si des associations feront ce qu'il y a à faire.

J'ai toujours cette image en tête, celle de Raffarin en 2004 fêtant Noel avec des sdf. Et pourtant, il a supprimé beaucoup de budgets alloués aux associations humanitaires en France durant son action....

Quant à aujourd'hui, n'est-ce pas déjà un beau symbole d'humanitarisme que d'aller au Fouquet's fêter la victoire et de prendre son yatch le lendemain.

Bien à vous, Daniel

Écrit par : indfrisable | mardi, 08 mai 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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