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samedi, 17 mars 2007

« La loi est-elle légitime en tant que loi si on peut lui désobéir de façon légitime ? »

Au café débat du Luxembourg, Alain a fait voter un sujet sur le rapport de la désobéissance à la loi. Grosso modo, l’intitulé disait en substance : « est-ce que la loi est légitime en tant que loi si on peut lui désobéir de façon légitime ? ».

On a rapidement passé en revue les conditions légitimes pour voir comment la loi se trouve elle-même contredite, et le texte constitutif des Droits de l’Homme fait état d’un droit ou d’un devoir de désobéissance si la loi contre laquelle on se braque contrevient au bien-être de la communauté ou du bien public. Tout le propos de José Bové vise ainsi à mettre en avant ce devoir légitime de désobéissance pour affirmer une posture préventive contre les effets secondaires possibles sur la santé publique d’OGM. Mais la désobéissance doit elle faire de l’audience pour être recevable ? Ne suffirait-il pas qu’elle soit simplement un argument recevable comme proposition logique et cohérente pour qu’aussitôt elle paraisse convaincre en tant que valeur recevable et applicable en droit ? Non, il semble que si Bové n’a pas fait l’audience suffisante pour se présenter aux présidentielles, c’est que son projet de prise de conscience sur le danger éventuel des OGM, malgré les prises de consciences écologiques globales reconnues et promises par presque tous les candidats, semble demeurer une valeur pas suffisant démocratique pour être acceptée. Même si Ségolène Royal fera voter un moratoire sur les OGM si elle est au pouvoir, le poids de Bové pour affirmer la puissance destructrice du capitalisme sera relativisée, sinon neutralisée.

Il semble que la clarté argumentaire soit l'un des critères nécessaires mais non suffisants de Habermas pour définir les termes d'une démocratie idéale. Pour lui, "La désobéissance civile inclut des actes illégaux, généralement dus à leur auteurs collectifs, définis à la fois par leur caractère public et symbolique et par le fait d'avoir des principes, actes qui comportent en premier lieu des moyens de protestation non-violents et qui appellent à la capacité de raisonner et au sens de la justice du peuple». La désobéissance civile comme produit de la démocratie à condition qu'elle soit argumentée et non violente, au nom de principes précis, n'est pas incompatible avec l'idéal démocratique en-deçà des considérations représentatives nécessaires pourvus que les contestataires soient dotés de compétences linguistiques logiques et argumentées (Martin Luther King).

Pour comprendre un peu mieux la volonté de désobéissance, peut-être est-il plus prudent de voir au nom de quoi s’applique ce principe en tant que sujet désobéissant, et devant qui, à qui, à quoi « je désobéis ». La précision doit faire état d’une argumentation descriptive pour affirmer une logique saine ou cynique. Mais c’est à partir de cette logique que seront clarifiés la source et l’objectif, et au nom de quelle valeur on désobéit, devant quelle valeur on cherche à désobéir. La désobéissance n’est pas un acte gratuit mais stratégique, c’est bien ce qu’ont montré les émeutes de 2005 où la stratégie est plus ou moins absente, sinon pour exister et concurrencer les agents médiatiques recevables. Ces éclats n’ont fait que renforcer la posture du ministre de l’intérieur et alimenté la production et le financement des assurances, elles n’ont fait qu’entériner le système néolibéral, selon un mode visible médiatiquement parce que radical et spectaculaire. Ajourés aux accidents journaliers, les émeutes ont un fort impact symbolique mais participent d'une production banale d'accidents et "autodafés" contre la vie petite bourgeoise, où des scénarios viennent autant imiter les films d'actions grand public que redoubler la file d'attente des tôles froissées qui attendent leur recyclage à la casse. On pourrait même considérer ces formes de radicalités comme des façons assez classiques d’obéissance, tout comme la « libération sexuelle » des années 60 ne serait pas tant une libération qu’une dépendance à l’idée de révolte qu’ont imposé depuis longtemps les puissances traditionnelles de domination en ajustant des nouvelles troupes aux formes de contestation (nouvelle section de "CRS"), mais remédiant aussi à une plus grande souplesse interventionniste, ainsi la section spéciale d’intervention des « Voltigeurs » retirés depuis la bavure de Malik Ousekine.

Pourquoi il est si difficile d'identifier la valeur utlime au fondement de laquelle il serait possible d'élaborer une éthique intégrale? Quelle situation empêche l'accès à un commun dénominateur pour affirmer la valeur minimale et consensuelle sur laquelle choisir l'orientation de toute la civilisation? La technologie a dépassé la pensée et la morale, a devancé la pensée car elle nous a pensé à notre place, comme elle nous a regardé bien avant nous.
Jean Beaudrillard (in Power Inferno) fait état d’une distinction peut visible aujourd’hui compte tenue de tous les comités d’éthique qui jalonnent nos vies. Cette non distinction crée un amalgame sur les manières d’identifier les valeurs. Valeurs qui pour l’auteur sont actuellement en crise et n’ont plus de référent fixe. Pour lui, nous serions passé de la valeur de l’universel (devenue caduque aujourd’hui) à la valeur du Global. Le Global (résumons là par la fausse « loi naturelle » du marché) se serait substitué à l’universel faisant état non pas de la perte des valeurs mais de la crise des valeurs dans leur identification claire et objective, d’où l’amalgame politique et ce discours trop souvent ambigüe. Nous ne pouvons donc désobéir à ce que nous ne connaissons pas.

Ainsi, nous n’avons pas su identifier la valeur première sur laquelle baser notre éthique, c’est pourquoi notre éthique est bancale, paradoxale. Quelle ultime valeur doit représenter la légitimité absolue aujourd’hui ? La valeur humaine ou financière ? La dignité humaine ou la valeur de risque ? Prendre comme fatalité négociée l’échec social ne peut être porté sur l’assistanat. Si la valeur de l’Universel se situait dans un mouvement expansif avec « Les Lumières », comme principe fondé sur l’éducation de tous les hommes par la puissance occidentale, le Global se fonde lui sur l’exclusion des masses, aussi bien que de tout ceux qui ne peuvent s’inscrire dans ce principe néo-libéral fondé sur la « loi naturelle » du marché, selon lequel comme dans la vie animale l’harmonie se fait au titre de l’exclusion des plus faibles. Ainsi les SDF, les étrangers, les prostitué(e)s, les délinquants sont des catégories à exclure des gated communities, de ces cités carcérales où sont parqués à ciel ouvert la nouvelle classe moyenne. Cette distribution exclusive de la population par catégorie d’échec et de réussite fait de la « société du risque » une société condamnée à terme à s’exclure elle-même, car au même titre que le racisme où le phantasme de pureté est une idéalisation ré enchanterresse, la sécurité absolue est une forme de racisme inversée et l’euphémisme principal de la classe moyenne sur ce point. Un consommateur pur n’existe pas, il sera toujours à un moment donné passé au tamis de la corruption et par conséquent soumit à l’exclusion. Si l’on reconnaît qu’aujourd’hui la valeur de l’Universel n’est qu’un fantôme, la question de la désobéissance n’a donc presque aucun effet si désobéir à l’Universel (à l’idée sacrée qu’on se fait de l’homme) se réduisait à trouver les solutions positives contre l’inégalité, l’injustice, l’immoralité comme valeurs refuges de l’homme largement dépassées. Non pas désobéir à l’Universel mais désobéir au GLOBAL et à ses nouvelles formes, c’est-à-dire trouver de nouvelles formes de désobéissances à la technologie que la globalisation nous impose par ses prothèses (bien pratiques au demeurant pour écrire un blog), trouver de nouvelles formes de désobéissances à la désobéissance financière imposée par « la loi naturelle du marché » autre que la désobéissance sociale traditionnelle vouée à disparaître à terme de façon policée (grève, etc…), à la globalisation essentiellement technologique qui accélère nos échanges?

Une éthique de la désobéissance serait à construire, car il y aurait une désobéissance légitime par sa faculté de décrire avec clarté ce contre quoi elle s’oppose, et une désobéissance idéologique prise dans l’impossibilité pathologique d’argumenter ce contre quoi elle cherche à se positionner pour lutter."

jeudi, 15 mars 2007

Nous sommes dépossédés de plus en plus de notre sexualité....

...mais ce n'est pas un scoop, c'est toutes les valeurs qui sont dépossédées de leur contenu et le sexe n'est qu'un épiphénomène d'une catastrophe généralisée. Jean Baudrillard voyait juste.

A l'instar du sexe, médiatisé culturellement par le porno, manne d'un échange fructueux et infructueux, la sexualité est-elle toujours capable de résister contre ça?

Aussi bien la résistance au sexe ne semble pas s'épanouir avec la pratique "non-sexuelle" qu'une absence volontaire de consommation sexuelle dans l'échange physique renoue d’avantage avec un puritanisme douteux, une autre pathologie latente (se rattrapent-ils avec l'image?). Autant l'alter sexualité pourrait peut-être manquer de remédier à ce rapt en croyant retrouver un certain ré-enchantement avec l'Autre phallus, du poing à l’ingénérie virtuelle du cyber sex. Certes, Michel Foucault lançait pendant les années 80 le first fucking pour critiquer la fonction centrale du phallus mais cette pratique s’est largement faite récupérée par le porno et est tellement banalisée aujourd'hui.

On pourrait dire que la mode médiatisée de l'introduction corporelle de masse de ces dernière années est la mesure de la profusion des échanges qui a oublié sa pudeur et son respect pour elle-même et pour l'autre, et cette forme d'échange misérable quand on en parle même pour en témoigner en public entre dans l'entreprise de totalisation de l'univers de la marchandise, à l'exclusion de sexualité innocentes, c'est à dire pures de toute compromission avec l'audience sexuelle. Pris dans cette confusion captive, notre singularité sexuelle s'est perdue...


Un commentaire de AVA :

"Pour commencer on sait tout petit qu'il n'est pas normal de se montrer nu partout, devant tout le monde. Pourtant, bien des enfants sont mis nus sur une plage, dans un camping, au vu de tous, jusqu'à un certain age.
A 7/8 ans l'enfant a acquis la pudeur. S'ajoutent aux parties 'honteuses' de son anatomie, des réflexions qu'il n'oubliera jamais, plus ou moins marquées au fer rouge indiquant clairement que ce sont des parties sales.
Sale s'apparente à mauvaise odeur... Dans une cour de récréation, si cette phrase d'enfant rigolard 'tu pues du cul' n'a en réalité aucun fondement quand à la réelle propreté de celui à qui elle s'adresse car il s'est probablement correctement lavé le matin, elle rend furieux car ce n'est pas vrai. Sentiment d'injustice. Mais comment se défendre, par les coups? Redoubler d'injures pires les unes que les autres? Sinon passer outre... Oublier.
Oublie t on vraiment? A une petite fille en jupe on apprendra : 'serre tes cuisses, baisse ta jupe, ne montre pas ta culotte'. A l'école le 'on a vu ta culotte' résonnera un jour comme une injustice si c'est faux et le regard malsain d'autres individus fait jour dans l'esprit de l'enfant innocent qui va en retenir la 'leçon', faire plus attention à se cacher. Adulte, que reste t il de tout cela? Comment se passera la première relation amoureuse physiquement lorsque le moment viendra où il semble du plus commun des mortels que l'on doive forcément à un moment donné se retrouver nus à dans un même espace. Le regard de l'autre peut faire peur. Quand à se laisser toucher et toucher l'autre, c'est encore un bien grand pas à franchir quand dans l'adolescence on aura entendu qu'il ne faut pas se laisser tripoter pour les filles. L'amour, le tendresse, la délicatesse, la lenteur sont nécessaires. Brusquer les choses peut etre dévastateur pour une vie entière du coté des jeunes filles. Le jeune homme n'échappe pas à toutes ces émotions contradictoires. Il peut craindre d'être comparé, évalué, moqué, diminué. Perdre tous ses moyens, à sa grande honte si sa partenaire ne sait pas le mettre à l'aise, l'entourer de son affection compréhensive. Quand les attirances sont à leur parorysme, les choses se passent si bien qu'en y repensant, le jeune, comme l'adulte ne se seront pas longtemps attardés sur la question de la nudité, quand, comment, c'est la simple magie des sensations qui emportent tout sur leur passage, à chaque couple d'inventer, trouver son rythme pour préserver un lendemain à leur découverte."

Belle journée,

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Les images sont des objets mystérieux de la réalité. Cela me procure la magie de notre modernité, et me donne ce qui reste d'érotisme. L'image est féminine. Ça choque peut-être de dire cela, alors qu'on associe en général la vision, ou le regard au masculin. Aussi, le versant opposé au regard c'est peut-être l'image qui constitue son sexe opposé, son inversion...

lundi, 12 mars 2007

Jean Baudrillard's family

Le monde est radical et pour aborder cette prévision presque irrationnelle Baudrillard a su mettre sa pensée au service de cette radicalité en évitant l’anecdotique et la morale que font les hommes pour oublier. Il est parti du général, du "système des objets", pour revenir sur des phénomènes singuliers (terrorisme, art, évènements majeurs), ceci dit très influencé par Lacan et ce regard ne provenant non pas tant des sujets mais de ce qui nous entoure, du monde "des objets qui nous regardent" désormais avec l’acuité de la surveillance technique. Il a su éviter les fausses symétries (Bien / Mal) qui empêchent de considérer le bien comme une finalité partagée. Aussi bien Bush que Al Quaïda cherchent chacun à partir de leur point de vue une solution pour affirmer un bien universel. Le risque demeure pour nous, « spectateurs » occidentaux que nous sommes, de suivre un positionnement trop rapide vers des solutions morales ou éthiques. De là une trop grande profusion des comités d’éthique pour un résultat souvent décevant mais plutôt une altération grandissante du monde social. N'est-ce pas du ressort de l'interdit que se nourrit la transgression? Le jugement du spectateur en souffre avant même d’avoir pu considérer cet ordre post-moderne de la chevalerie virtuelle, contrainte dans un même rapport qui s’équilibre et la fait se maintenir sans s’anéantir. Chacun des ennemis exerce dans son dessein une même influence qui s’accroît, de ce fait nous sommes amenés à faire des choix à la va-vite. Le rapport plus adéquat n'est-il pas d'avantage la comparaison du mal au mal dans sa relation de symétrie projective ou assymétrie plutôt que la mise en contradiction du bien et du mal considérés en tant que couple manichéen? On ne peut affirmer une valeur immergée dans sa propre valeur globalisée, ce qui revient à poser éternellement et pour toute valeur sa légitimité hors de la valeur qui la détermine comme telle. Comment séduire dans un monde fait de séduction ? Comment devenir amoureux au-delà du catalogue amoureux et sentimental perpétuellement diffusé dans les médias ? Comment aborder la technique de façon non techniciste ? Toujours deux maux pour une même fin positive : séduction véritable ou simulée, amour sincère ou non, technique ou technologie…
Dans son livre sur la simulation, Baudrillard attribuait au parc d'attraction Disney la fonction de masque : l'Amérique produit des mythes infantiles situés dans la réalité pour cacher que toute l'Amérique est un parc d'attraction généralisé et par extension Disneyland Paris. C'est dire si la vérité du parc d'attraction n'est pas un lieu si facilement reconnaissable et critiquable mais plutôt le contexte latent de tout l'environnement occidental...

Il ressort qu'après la prise d'otage des objets sur la volonté humaine, la technique vise à partager l'homme et son dessein singulier pour parvenir à l'amélioration du monde. D'une technique qui par son "regard" nous divise et par sa volonté nous castre, on pourrait prolonger l'envie de concevoir les enseignements de la guerre assymétrique comme une réponse des objets sur l'échec qu'a eu l'homme à détenir seul la vérité sur le monde et sa réalisation. Faire le bien est le kidnapping que la technique et sa volonté ont volé au dessein initial des "Lumières", des universalistes qui sont nos pires adversaires.

La catastrophe qui, si elle était auparavant de l’ordre de la nature, est aujourd'hui non seulement une excitation du climat par l'homme mais aussi sa répercussion technique devient à elle seule catastrophique. Cela suffira-t-il à donner du grain à moudre aux penseurs jusqu'à la prochaine grosse catastrophe, à ceux qui n’auront pas échappé à ce kidnapping de la pensée?

 
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