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jeudi, 04 janvier 2007

Drive in

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On ne le voit pas bien à l'image mais le château est entouré d'un petite route pittoresque qui permet quand on la suit d'arriver directement au "péage", à la caisse sans sortir de sa voiture. Quand il y a foule au péage, rares sont les enfants qui se risquent "au château" -- expression devenu maintenant familière pour beaucoup (1)-- à respirer les gazs d'échappement.

Le repas de famille signifie la communion, la réunion et la conversation, le moment propice qui réunit parents et enfants. C'est un peu le connecteur USB de la famille. Ainsi, dans une situation d'éclatement de la famille -- souvent recomposée -- on ne peut que se réjouir d'un endroit mythique pouvant contenir cette croyance qu'un ailleurs, perdu dans l'anonymat de l'ordinaire et du simple d'une famille sans nom, permet de se réunir et de faire plaisir rapidement, permet de revivre cette réunion idéalisée mal en point. Afin que parent et enfant soient satisfaits, Mac Do a su créer peut-être à partir des parcs d'attraction des îlots mythiques urbains réinscrivant les différences d'âge -- parents et enfants -- dans un lieu cumulant deux mondes paralèlles, séparés. Une poly-ambiance juxtapose deux formes mythiques faites pour une vieille Europe en mal de rêverie: le drive in américain et le château merveilleux. Le premier mythe transmet aux parents de façon imaginée la liberté du consommateur américain moyen qui a gardé son autonomie dans un intérieur familier, son living. Sans même poser le pieds en dehors de son véhicule, tout vient à lui, il ne différencie pas la ville de l'autoroute et dynamise son illusion d'ennui s'il y a lieu : les lardons savent être lourds, c'est bien pourquoi Mac Do a prévu des zones de jeux pour enfants quand la situaiton devient insupportable. Lui revient en mémoire l'image même de celui qui dévorait son fast food devant un film sur grand écran. Aujourd'hui, le complément est l'identification à cette figure nostalgique du cinéma hollywoodien qui autrefois faisait peut-être comme lors d'une mise en abîme visuelle les même gestes que lui mais plus idéalisés, affalé devant le spectacle gigantesque sur un écran en plein air, plus beau que lui, assis dans sa voiture customisée à l'allure plus rebelle, et bien entendu accompagné -- du fait de la perception distraite occasionnée par la situation, c'est dans les drive in qu'est possible historiquement la diffusion de films d'horreur de série B ou des films de type "gore", dont l'histoire ne demande pas au spectateur une concentration exceptionnelle. L'identification peut très bien s'émousser quand on s'aperçoit qu'on est seul face à son Cheese...Le drive in est un peu la naissance d'un proto home cinéma réactualisé chez Mac Do, mais il n'y a pas de film, sauf celui de regarder son enfant manger et de se satisfaire d'un bonheur simple et "comme ça". Aller au Mac Do devient une fiction simple comme un film "gore". Le second mythe, celui du château enchanté est inspiré des parcs d'attraction disneyland.

Les visions nostaliques d'une amérique cool et merveilleuse conviennent à la fois aux enfants et aux adultes, si bien que si la relation entre adulte et enfant est restreinte, où chacun est limité à son monde propre, l'un et l'autre trouvent leur compte dans ce qu'ils reconnaissent de proche sans se soucier de l'autre. Les deux désirs rencontrent les deux mythes superposés, compléments indispensables au repas rapide et onéreux que ce dernier constituerait à lui tout seul. Récréation courte avant que chacun ne reparte écouter sa radio, sa chaîne de télévision, son film définis pour sa catégorisation en âge. Il ressort que depuis les années quatre vingt le processus de libéralisation des ondes a entraîné une séparation entre les âges et les générations enclines à ingérer une nourriture adaptée spécifique. Cette transformation va de paire avec l'apparition des communautarismes. Comme l'affirme Christopher Lash, les cafés font partie des derniers espaces où une relation inter-générationelle est toujours conservée, alors que les principaux médias de masse n'en finissent pas de parcelliser, restreindre un champ de compréhension et de la diversité du monde en un champ pauvre et martelant.

Aussi, ne peut-on pas se demander si ces deux mythes sont vraiment complémentaires? On pourrait même avancer que cette zone en apparence infantile, à haute fonction régressive, n'arrive pas à instaurer l'infantilisme qui comme le dit Baudrillard du parc d'attraction, n'est là que pour cacher en somme que toute la société américaine est infantile. Mac Do n'a ici qu'une fonction de masque.

(1)*Il fallait évidement un "château" à la Star Académie, inspiration toute importée de Disneyland en écho aux ressources ré-enchanteresses des contes de fées et au fait devenir une star. La fiction du conte rejoint la réalité de la réussite sociale.

Commentaires

ah le rêve américain....mais ça n'est qu'un rêve, un rêve qui ne se réalisera jamais pour des millions de gens....mais ça fait tenir les blaireaux...
regarde la pub, les emissions de télé-réalité, les shows de divertissements (saga et cie), les documentaires et magazines (la vie des stars, des racines et des ailes "spéciale belles demeures", j'ai gagné au loto....) c'est pas pour rien que Cyril a gagné et est devenu la star des guadeloupéens..; un black qui a eu une vie difficile et s'est fait traité de tafiole toute sa vie gagne...quoi de mieux pour s'identifier et oublier le quotidien miséreux d'une île oublié par la république..;pendant ce temps là y'a pas d'émeutes....
on est en plein dedans!!!! dans le château de Dysneyland, sauf qu'il y en a des millions qui vivent dans les douves...ça me fait penser au "Land of the dead" de Romero...des riches qui vivent dans une tour luxueuse et des pauvres qui vivent en bas séparés des mort-vivants par une toute petite barrière de rien du tout (et qui fini d'ailleurs par craquer) et qui se battent entre eux parce qu'ils n'ont que ça à faire;..(les morts-vivants envie les vivants pauvres pour leur substance vitale, les pauvres envie les riches pour leur argent et leur vie dorée et les riches qui les maintiennent dans cette état de guerre permanente pour pouvoir assouvir leur frénésie de consommation....)
belle allégorie de notre monde actuel, non?
l'image du château féodal est très signifiante aussi...les pauvres autour vivant des déchets, les gardes qui empêchent les pauvres de se révolter et d'accéder sans autorisation au donjon, des bourgeois plus aisés (classe moyenne) qui vivent dans l'enceinte même et qui rêvent tous un jour de s'élever et d'arriver au donjon, et le donjon bien sûr fief des fiefs, où vivent une classe aristocratique et starisée, peopolisé (comme qu'on dit) et laissent rentrer au compte goutte quelques élus triés sur le volet qui partageront leurs plaisirs...
mais je croyais que la devise de la République était liberté, égalité, fraternité....
encore un rêve....
allez groooaakkk on les aura tous...

Écrit par : Kommandant Koennig | mardi, 16 janvier 2007

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