Avertir le modérateur

lundi, 01 janvier 2007

Pourquoi les animateurs télé sont néfastes?

L'émission d'Arthur le soir du jour de l'an.

Avant 1994, les animateurs-télé travaillaient en interne au sein de leur chaîne, fonctionnaient comme de gentils géos. Depuis la possibilité pour ceux-ci d'achopper à leur fonction celle de producteur et devant l'effet de privatisation occasionné par la concurrence inavouable entre chaînes de télé publiques et chaînes de télé privées, le rôle psychologique de l'animateur-télé a changé. Affublés de deux rôles, producteur et animateur, ceux-ci (on pourrait mettre dans le désordre aussi bien Nagui qu'Arthur) ont modifié leur rapport au téléspectateur ainsi qu'à l'"invité" que le langage courant réduit aujourd'hui à "people" ou "bon client". Il suffit d'observer le rythme et la distribution des interventions pour s'aperçevoir avec étonnement que la plupart du temps, le "bon client" vient bien sûr pour vendre ce qu'il propose et promouvoir son actualité de fait, mais aussi et surtout vient pour ne rien dire, sinon quelques mots tant bien que mal assortis. Nagui, Arthur coupent sans cesse la parole, si bien que l'interviewé (peut-on encore parler en ces termes?) doit stresser pour placer trois ou quatre mots, assez vite pour se faire aussitôt couper, presque censurer, pour laisser à l'animateur produteur le soin de répandre sa libido misérable, sa mégalomanie pathologique à tous les recoins de l'image. Ce stress me parasite en tant que téléspectateur. Le silence est de plomb comme dans un régime totalitaire inversé, trop permissif. On devine chez nos invités le mépris inavouable qu'ils lui portent par les moues gênées, les yeux grands ouverts d'étonnement, voir la posture d'écœurement qu'ils laissent échapper parfois, mais de peur de n'être pas rappellé la fois prochaine ils se ressaisissent et se calment, reprennent la tête de l'emploi. Quand un interviewé demande de repasser trois secondes d'un extrait hilarant, le maître de cérémonie censure pour choisir à un autre moment SON extrait dans SON emission. Inchangé, Athur en tant qu'invité dans une émission amie (c'est bien connu, ils s'aiment beaucoup entre eux) se comporte ainsi de la même manière que s'il était dans la sienne, rapportant tout à lui et ses histoires personnelles, coupant la parole, intervenant de façon incongrue (son ami perso va avoir un enfant, il n'hésite pas à lui parler sur son portable et en dirtect, au mépris du respect de tous, etc....). On peut critiquer Ardysson et sa démagogie, mais il donne à chacun un temps égal à tous ces invités, il structure clairement son contenu. Avec ces deux malades on a une immaturité permanente devenant de plus en plus pesante. Le principe du fil conducteur est l'enchaînement. Enchaîner coùte que coùte blagues, extraits anthologiques, interrompre, fustiger sur un ton ludique : le procédé du zapping est au principe même de l'émission. Les animateurs producteurs ont compris et se sont réappropriés les attitudes critiques que les téléspectateurs se sont construits contre l'affadissement généralisé du petit écran. Une véritable lutte se joue sous le procédé du zapping : entre un spectateur moyen captif d'une émission bâtie selon ce même principe qu'il s'est forgé -- attitude de résistance et de tactique selon Michel De Certeau -- et contre la capacité qu'il aurait à tout naturellement zapper devant tant d'insignifiance, l'émission zapante vient donc contrer son réflexe pré-conscient. Contre laquelle les spectateurs inscrits dans le décor réel n'y peuvent rien et en sont encore plus "captifs" au sens littéral du terme. L'émission contient en elle-même le procédé que le téléspectateur ennuyé s'est forgé : enchaînement rapide sans substance contre l'ennui présupposé qu'il subit -- point de vue amplifié par Adorno et l'école de Franckfort --; redoublement du nombre des invités qu'on enchaîne toutes les trente minutes en quatre vagues pour une seul émission, au total une trentaine d'invités; enchaînement induisant non seulement le nombre accru mais la brieveté des interventions, manipulation clef du procédé de zapping. Bien plus loin qu'Adorno, le spectateur captif, à défaut d'anbandonner à jamais le poste de télévision, s'était constitué des moyens de résistance au moyen de la télécommande, rejoignant ainsi le point de vue de Christopher Lash, affirmant que la relation du spectateur face aux effets de la culture de masse n'empêchait en rien son abrutissement irréversible, manipulation et réification des masses tant dénoncées par Adorno. Bref, mettre un chat dans une machine à laver fait rire, fait même porter plainte quand il s'agit d'un micro-onde mal évalué qui l'aurait fait éclater. Pourrait-on porter plainte contre l'insignifiance, contre la misère culturelle, quand bien même elle serait amusement?

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu