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jeudi, 10 août 2006

Dépasser la fiction par la fiction

Bourdieu parle d'une situation de positions adoptées, non choisies, et ce quelle que soient la nature des agents pris dans cette inertie. Il voit les choses dans un ensemble, ce dont l'individu n'a pas toujours conscience. Pour dépasser cette emprise, il faudrait certes prendre conscience de cette reproduction systématisée que tout concourt à faire passer pour du choix spontané. Mais ce que j'apprécie plus localement chez Bourdieu (son œuvre me dépasse à un moment) c'est la faculté d'observation qui trahit le mécanisme et le dévoilement où s’inscrit son processus. J'adore le voir à partir d'un pan de bibliothèque deviner les facteurs déterminants qu'on ne connaissait pas, et on peut chacun à loisir trouver des exemples qui nous rapprochent de ces déterminants. Je les vois sous la forme positive d'une instruction sur nous-même., C’est assez difficile de le reconnaître parfois, mais si c’est fait dans la solitude de la lecture, et que personne ne nous voit dans l'échec. Déjà un déterminant social qui apparaît inconsciemment...
Vous semblez dire que la limite de ce système serait de tout justifier, parce que ce serait "inscrit" en quelque sorte, et en cela, nous deviendrions des “victimes” du système, en prenant le vocabulaire actuel passe partout choisit par Sarkozy (victime/délinquant) ? Avec tout le dispositif sécuritaire en place, n’aurions-nous pas la malchance de tomber d’avantage dans la délinquance, et de passer de victime innocente à victime complice? La vraie victime, la principale pourrait bien être le langage, et son interprétation. Durant cette période pré-éléctorale, les politiques vont devoir poser des diagnostics partiels parce que dotés de slogans résiduels, et je vous parie qu'ils resteront dans un dispositif fictionnel, parce qu'ils sont pratiquement tous formés dans des écoles (Ena, etc....) les éloignant au maximum de la réalité quotidienne. Sans contre discours, la voie de cette meute d’énarque sera unique, et constituera un seul et vrai slogan (slogan qui avait selon Walter Benjamin remplacé le proverbe avec la modernité, lien endeuillé de la transmission orale de l'expérience pour lui). Il n’y aura pour ainsi dire pas de débat, parce que le dévoilement de la lourdeur pétrolière n’arrange personne dans cette sinistrose de la réalité, ni les conséquences d’une paupérisation croissante qui enrichit nombre de nantis ne sera débattu. Si bien que la séparation classique à laquelle nous croierons, la rupture droite / gauche traditionnelle se révélera sous l'emprise d'une sempiternelle fiction formée d'Enarques / d' autres élites, sous la forme d'une contradiction beaucoup plus incidieuse, beaucoup moins perceptible. Ce que nous manquerons, comme Bush l'a fait avec sa vision complètement fictionnée qu'il donne du proche Orient, sous la férule du mythe installé du "Choc des civilisations", vision fantasmée d'un intellectuel outre-Atlantique, sera la réalité. Car comme l'avait si bien formulé Jean Baudrillard pendant les années 90, le meurtre de la réalité est devenu perfectible, et ce grâce aux nouvelles technologies basées justement sur la fabrique quotidienne de la fiction. Plus de trace de son crime. Comment partir de quelque chose pour poser un diagnostic qui ne soit pas aussi court? Ni Sarko, ni Hollande n'y pourrons rien, ils profiterons du meurtre parfait, et s'y "fangeront" comme des animaux régressifs.
La fabrique quotidienne de la fiction remplacera le quotidien révélable, regard absent. Mais je ne desespère pas combattre cette fiction par une autre fiction (celle-ci peut-être) car ne combat-on pas le mal par son identique?

Note : J’ai abandonné un travail que je n’arrivai pas à contrôler, autour de l’infantilisme inconscient (de la mondialisation en marche?) qui se profilait pendant les années 90 en occident. Aujourd hui en 2006, au démarrage d'une campagne qui va encore se révéler grotesque, certains produits culturels malgré tout pris dans cet infantilisme prennent conscience de ces effets et lui retournent sa propre critique. Il s’agit des séries tv américaines qui prennent comme all over des tranches de vie de la famille américiane. Même le réalisatieur de la série “revendique” comme un gamin les angoisses conscientes de cet infantilisme social. Hitckock avait par contre ce côté adulte du ludique. J’aimerai reçevoir encore plus consciemment cet infantilisme de la fiction.

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