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samedi, 29 juillet 2006

Pour une politique des espaces

Il est un fait à observer que, des multiples points de vue où l’on se place, nous vivons de plus en plus une situation bloquée par les espaces qui la constitue. Il s’avère que plus en plus, la manière dont est distribué l’espace, ou plutôt les espaces, est accompli d’une part arbitrairement, ceci on le savait, mais est aussi conçu de façon à ce qu’on ne traverse pas l’espace où l’on est pour un autre, afin de ne pas échapper au contrôle que notre société a choisi comme application globale et spécifique de la gestion de nos espaces de vie. Tendanciellement, nous sommes habitués à rester sagement immobile dans notre espace distribué qui nous échoit, auquel nous ne pouvons négocier de quelconque échappatoire. Quelques exemples choisis dans les espaces de loisirs ou d’accès au loisir servira de prétexte pour dépasser le simple message soit disant sécuritaire nous protègeant de tout débordement.

medium_stade7.jpgLe Stade de France est distribué en espaces clos, en zones. J’ai pu obtenir hier soir en bon parasite une place pour le concert des Rolling Stones offerte par un agent de contrôle sympathique, qui me voyant circuler autour du stade aurait pressenti mon ardent désir d’être présent à l’un des derniers concerts où Keith Richard et Charlie Watts seraient encore vivants. Il me proposa gracieusement un billet. Le billet du concert est caractéristique d’une situation générale où une distribution et un agencement par zone devient ordinaire, même dans nos gestes et acceptations les plus quotidiens. Il m’a fallu trouver une personne assez intelligente à l’intérieur de ma zone pour comprendre qu’à 800 mètres de distance, je ne pourrais pas balancer mon Rolleiflex sur Mike Jagger : il me laissa accéder à la zone « pelouse » sans problème. J’ai dû en tout et pour tout traverser trois zones pour passer de « secteur sud » à « pelouse », j’accédai en tout état de fait à une délinquance hors zone. Je me suis rendu compte en comparant les différentes qualités de sonorités des secteurs que les gogos de « sud » avaient un son abominable, alors que de la pelouse, c’était acceptable, compte tenue de la difficulté pour sonoriser un espace aussi gigantesque que le Stade des France. A moins que des améliorations sonores de dernière minute aient entre temps pu rattraper l’insuffisance criarde de la musique de "sud".

Même Paris Plage (écho soit dit en passant au célèbre slogan « sous les pavés la plage » d’une gauche plus qu’oublieuse de ses principes), qui ne souffre pas d’un manque d’exotisme se distingue de toute permissivité libératoire et apparemment du principe d’espace restreint en question en interdisant le port du bikini et du string. Paris Plage trouve ici l’exception à la règle : un espace puritain bon ton qui ne fait pas de différence avec l’accoutrement urbain normal, soit l’habillement en entier et le recouvrement total des parties du corps les plus érogènes, en négligeant du coup l’habillement allégé des plages de nos côtes. C’est l’affaire de la politique de la ville où est appliqué pour chaque ville son propre règlement. Mais cette asceptisation du corps demeure peut-être l’un des contrôle où l’on peut passer d’un espace public à l’autre sans trop de dommage, en passant à travers les gouttes.

Il n’en est pas de même apparemment pour les espaces autoroutiers, qui séparent plus que de mesure la voie urbaine de la « nature » avoisinante, quasiment absente, voir rendue abstraite du point de vue conducteur. La voie routière est un défilé de médiations, de panneaux pictogrammes, d’informations diverses dont le point de contact réside à « consomme ! ». Bien que l’idée de nature soit complètement dépassée, Nicolas Faure, photographe actuel, montre contrairement à cette vision des choses qu’il est possible de faire du « paysage » à proximité des autoroutes, qui ne se limitent pas aux quelques pictogrammes et informations illustrant nos sites touristiques majeurs. Nicolas Faure passe avec finesse d’un espace à l’autre alors qu’il aurait dû se contenter d’utiliser son espace accrédité, la voie autoroutière louée pour garder son silence. Mais les autoroutes sont une des zones historiquement marquées par ce renouvellement des espaces sociaux séparés entre eux, et qui gangrène toute possibilité de relation inédite.

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