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vendredi, 12 mai 2006

La volonté démagogique de pourrissement soit un post-populisme d'état

2 niveaux de lecture médiatisés de l'affaire

Quand on lit les divers propos de la presse ou les interventions publiques paniquées sur l'affaire Clearstream, pratiquement toutes les versions de nos principaux hommes politiques incriminés se font sous le ton de la victimisation, alors que celles des notes relatées par les acteurs de second plan paraîssent par contraste étrange sans affectivité et de manière objective, neutre. Parmi ces acteurs, le général Rondot qui était chargé d'une enquête pour rendre compte d'une deuxième activité au sein de la DGSE diligentée par Jospin pour mettre en évidence la roublardise de Chirac, sa malhonnêteté morale... compromettant dangereusement la campagne de l'UMP pour 2002. Deux niveaux de mise en scène complémentaires tous deux fondés sur la même illusion de transparence médiatique : celle instantanée et explicite d'un sentiment affecté de victimisation mîmé par les tenants de l'authenticité de la représentation démocratique. MNAM comme Sarkozy, ou Chirac et Villepin seraient victimes et de ce fait, authentiques. Un deuxième espace de représentation autorisée, encore plus transparent en l'espèce d'un nouveau genre : le journal de bord de l'espion en mal de ressentiment relatant au jour le jour son journal du "théâtre des opérations". Chacun de ces niveaux se combinent, le second venant au secours du premier, le légitimimant. Ironie du sort, l'expression "théâtre des opérations" est de Guy Debord, cet intellectuel révolutionnaire qui a combattu le spectacle issu de la société de consommation. Ne faudrait-il pas pour autant parler aujourd'hui d'un espace global de simulation compte tenue de la contamination généralisée du double langage basé sur le mensonge solennel? Le mensonge d'état deviendrait solennel afin de créer des contre-feux. Chirac a d'ailleurs mis en cause indirectement Le Canard Enchaîné qui draine "une dictature de la rumeur", Sarkozy attend son heure compationnelle dans les urnes. Un double langage venant de spécialistes en com' ne peut que se restreindre au silence officiel, jusque dans les plus hautes sphères de l'état.

Prééminence de la réalité médiatique postmoderne

L'importance de la nature du débat donné par les médias est conforme au fonctionnement phantasmatique du monde politique conjoint aux marchés financiers et autres logiques extérieures à la stratégie politique, qui ne se distingue pas du reste tellement du cinématographe. Le microcosme politique re-joue la scène transparente d'une post-modernité retardée, empruntant allègrement au modèle de la série B à rebondissement son mode opératoire. On reproche d'ailleurs souvent aux artistes cinéastes ou photographes, ceci concernant d'avantage les arts visuels que la littérature, de ne pas faire de différence entre ce qui est montré à l'image et l'impact que cette forme de "modèle" peut avoir dans la vie réelle, sur les gosses en l'occurence ou les personnes influençables (nous dirions ici que les hommes politiques sont des agents très influençables, voire manipulés en fonction de leurs secrets incompatibles avec leur fonction). Ce point de vue très répandu oublie ce que le cinéma post-moderne nous dit : que ce qui est montré dans le film n'existe pas souvent dans la réalité. En effet, combien de fois avons-nous vu dégainer un flic devant un supermarché, ou une fusillade en plein centre ville? Cette interprétation du monde est celle de Gianni vattimo décrivant une version parmi d'autres d'un postmodernisme déterminé par l'influence des média. Selon lui, avoir "une idée de la réalité (...) dans notre condition d'existence au sein de la modernité tardive, ne peut-être appréhendée comme la donnée objective qui se trouve au-dessous, au-delà des images que nous en donnent les média"(cf. Vattimo, Gianni, "La société transparente", Paris, Desclée de Brouwer, 1990). Tout donne à penser qu'avec Clearstream, ce qui se passe à l'image n'a que très peu de chance d'arriver réellement, et n'est que l'illusion sous-jacente (réelle quand même mais pas fondamentale dans un débat démocratique sain) d'une autre illusion plus fatale parce qu'indicible, et que les signes de la violence ordinaire ou politique entre personnels en place sont à trouver réellement en dehors des signes distribués pour signifier la situation actuelle du complot politique. La place disproportionnée que prend ce complot n'est-elle pas comparable à l'idéologie dominante qui voudrait combattre une discrimination ethnique dans le monde du travail alors que la première discrimination inavouable est plutôt celle de l'âge? Cette diversion permet de ne pas parler de l'essentiel. Mais une information centrale semble cachée derrière cette mise en scène Clearstream, étrangement orchestrée juste après la grippe aviaire et le CPE.

La force de l'impunité comme mécanisme de distinction politique

Après la polémique intellectuelle produite par Jean Baudrillard en 1996 en direction du champ de l'art français, l'auteur mît en cause frontalement l'art contemporain et ses connivences, ses renvois d'ascenseur (plus que celui des échanges trans-politiques ou trans-sexuels au même titre concernés) et ses pratiques honteuses, décrites comme une véritable "Comedia dell Arte". L'auteur un temps soit peu ironique y passait au vitriol l'innocence d'un art contestataire et naîf, voire la convivialité sans la nommer de l'Esthétique Relationnelle en relevant le soupçon frauduleux sur la nature de son fonctionnement au sein du marché de l'art international. Aussi peu artistique que possible, l'art contemporain faisait illusion "trans-artistique", pour des pratiques basées sur une duplicité avec la nullité nécessaire pour subsister. L'instrumentalisation de scandales post-duchampiens avait pour transgression la production de gestes licencieux (un vol de matériel vidéo au MAC de Marseille pour l'exercice pratique) en toute illégalité et impunité, comme toutes les valeurs "grises" identifiées à ce système de la surrenchère du signe et de la valeur (creuse). Valeurs grises immorales identifiées implicitement à une compromission de l'état avec le blanchiment de valeurs sales, servant à produire ce qui valait aussi à David Cronenberg des critiques de même catégorie pour Rage quand il prit une actrice de porno pour un film Gore à destination plus commerciale. De même que pour l'art contemporain, nous vivons aujourd'hui au sein du champ politique une Comedia politique de type Dallas. 1/ Diabolisation de figures emblématiques et psychologiquement distinctes (car idéologiquement presque similaires). 2/ Populisme d'un feuilleton subit et non choisi. On pourrait donc aussi bien comparer la polémique de l'art contemporain de 1996 avec la polémique actuelle qui touche de plein fouet le monde politique. D'ailleurs Villepin prend bien soin de faire lui-même le rapprochement explicite, il organise une exposition "La force de l'art". "Force" reprise maladroitement par Sarkozy lors d'un discours politique qui suivit de près l'inauguration de l'exposition au Grand Palais. Comédie politique ou artistique, même combat : le personnel pour être crédité d'originalité, doit savoir montrer sa capacité d'impunité, plutôt que de poser l'argumentation de son humanisme dépassé. La "force" fait œuvre d'impact émotionnel infra-conscient et virile, comme le mythe complotiste de cette image supplémentaire et subliminale qui passait dans les clips politiques. Aujourd'hui le discours est aussi clipable que le visuel, mais dans son opérationnalité la plus large. Le terme utilisé laisse deviner l'équipé communicationnelle des spins doctors qui se passent les termes comme une partie de ping pong. Il ressort que le monde politique doit procéder à un détournement de situations en nous faisant croire que l'affaire Clearstream est du domaine de l'extraordinaire et de l'incensé, à la vue des réactions scandalisées des premiers concernés afin de ne pas révéler le partie souteraine d'un iceberg surrélevé par rapport au niveau de la mer, mais qui semble cacher une incompétence en place depuis 2002, inavouable celle-ci.

Rabaissement de la politique au banal comme illusion d'accès à la réalité

Normalisée, banalisée quotidiennement, l'info-poubelle qui substitue les coups bas des hommes politiques au débat loyal, devient une information à traiter comme n'importe quelle autre affaire courante, et le style "Loft Story", bizarrement contemporain de la lepennisation des esprits avant le "seisme" de 2002, était le paradigme du divertissement populaire inscrit sous des auspices d'un accès à la réalité. Ce paradigme plus réel que le réel, simulacre se faisant passer pour plus réel que la simple réalité, touche fatalement aujourd'hui le monde politique et ses animateurs GO dont le fantasme sous-jacent en période présidentielle est d'atteindre un niveau de réalité suffisant pour établir un diagnostic juste en espérant gagner en crédibilité. Mais le trop de réalité ne les alerte même pas, ils continuent de jouer. Parvenir à se faire passer pour le Sauveur semble l'alternative la plus adéquate et l'objet d'une longue peine. Il faut avant tout gagner les galons de la Victime, seule prétention à l'objectivité politique dans le débat. Les affaires douteuses sont l'objet même du contenu d'une campagne politique qui a toujours eu lieu après le 21 Avril. Orientée cette fois-ci directement vers la scène politique (c'est-à-dire l'espace-temps mediatique) plutôt que vers une pseudo-fracture populaire que les hommes politiques n'arrivent même pas à penser, cette campagne départagera la personnalité morale innocente et victime, donc valable. Notre campagne présidentielle, au-delà de la parenthèse Chirac/Lepen, insolvable, ne s'est toujours pas arrêté depuis 2001.

2001-2007, campagne ininterrompue

Si avec le 21 Avril 2002 nous avions traversé une tragédie prévisible liée à une confusion des repères politiques, nous assistons aujourd'hui à une parodie de type théâtre Grand-guignol où les "victimes" mentent solennellement : Chirac peut contester la rumeur et la calomnie son vergogne alors qu'il est au courant depuis le début de l'affaire, sans réfléchir sur le risque que semble promettre ces comportements du point de vue de l'éléctorat. Comme si le but d'une stratégie était de créer cyniquement un pourrissement de l'échange démocratique pour parvenir à l'avènement d'un état d'exception évitant l'échéance éléctorale des présidencielles, afin de restaurer en priorité le désordre. Sarkozy comme Chirac misent peut-être sur cette situation de sortie catastrophique. Quand ce moment sera possible, l'un des deux pourra en sauveur exercer un coup d'état soft et institutionnaliser un autoritarisme d'état nécessaire. Le populisme d'état consistant à détourner une situation par simple démagogie, c'est-à-dire la fonction de représentation nationale d'un état, pour entretenir la confusion, l'incohérence afin de conduire à une situation panique, situation limite permettant l'instauration d'un coup d'état salvateur.

irrationnalité politique

Le général Pinochet, après son coup d'état du 11 septembre 1973 au Chili, a été lui aussi la "victime" d'un attentat. Le lendemain dans les médias, il fit une interprétation magique, religieuse de sa fonction. Il convertit l'impact de la balle dans le pare-brise en message divin : le dessin de la fracture représentait le visage de la vierge, celle même qui l'avait sauvé d'une destinée injuste. Nous attendons en France la magie salvatrice pour seul contenu politique, est-ce une question de semaines, de mois?

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